Les Chroniques de Friedrich

Toute ressemblance avec la réalité est fortuite.


La Rubrique conseil de Friedrich – Syndrome de la page blanche

Cher Friedrich,

Mon nom est Aristide, j’ai 31 ans. J’aime écrire depuis que je suis tout jeune. Jadis, j’aimais poster sur les réseaux sociaux mes aventures de Grand Anxieux de la vie étudiante. Parfois, j’inventais des fictions plus ou moins fictives. L’an dernier, j’ai quitté ces réseaux hideux et addictifs. Ma santé mentale ne s’en porte que mieux. Enfin, à un détail près.Ce serait parfait s’il n’y avait pas une petite contrariété. Je remarque que je prends moins le temps d’écrire. Je n’ai plus autant d’inspiration qu’avant et j’ai du mal à en identifier les causes.
Aurais-tu des conseils à me donner pour remédier à ce problème ?

Bien à Toi,
Aristide Lambda

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Cher Aristide,

Je te remercie pour cette prise de contact. Ton courriel a retenu toute mon attention. Le „syndrome de la page blanche“ touche beaucoup de monde. Chacun est susceptible de se retrouver paniqué devant son traitement de texte. Les causes sont parfois environnementales: il est difficile d’écrire une chronique lorsqu’un passager du TGV égorge un porcelet, ou s’agissait-il d’une fillette qui refusait de manger sa compote? Hmm, j’aurai peut-être dû vérifier, mais je tergiverse.
D’autres fois, les causes sont généralement beaucoup plus profondes: un bouleversement brutal, un deuil, un travail devenu plus aliénant qu’autre chose. La liste est longue, je vais donc partir du principe que ton absence d’inspiration est arrivée soudainement. Dans ton message, tu mentionnes les réseaux sociaux et leurs effets sur ta santé mentale. Il est intéressant de voir que tu as pris la décision de quitter ces plateformes à 30 ans, âge qui en laisse plus d’un perplexe.

Serais-tu en train de nous faire une petite crisounette existentielle, Aristide? Aurais-tu tendance à te comparer à tes semblables, à constater leur progression quand ta vie enregistre une forme de… une forme de quoi au juste ?! Ressens-tu avec une nouvelle intensité l’urgence du temps qui passe ? 



{Pause dramatique. Fond sonore: Evanescence} 



Stop, Aristide, on respire. Oui, Evanescence, c’était il y 20 ans aussi (urgence du temps qui passe, je sais, t’as rien vu venir).

Quoi qu’il en soit, il est fort possible que ce manque d’inspiration soit amplifié par une quotidien déjà bien établi. Un travail que l’on connait bien, peu de nouvelles rencontres, et toujours les mêmes loisirs. Il serait facile de penser que tout a déjà été dit.


Mais, Aristide, ne te poses-tu pas 40000 questions par jour ? Est-ce que tout a été dit, VRAIMENT ?! Tu vas bien nous trouver quelque chose, quand même. La trentaine, c’est grave le bon moment pour cela. Et c’est pas les thèmes qui manquent ! N’est-ce-pas G-É-N-I-AL ?

Mon conseil : continue d’écrire sur les sujets qui t’ont inspiré par le passé. Tu as gagné en maturité (si si, admets-le!), il ne peut être bénéfique que d’aborder de nouveau les mêmes thèmes avec un angle actuel. 

Bonne chance, mon ami & viele Grüße (Dix points pour toi si tu souviens comment on nomme le ß bizarre en germain).

La bise,
Friedrich.


PS: Butterfly de Superbus, c’était aussi il y a 20 ans. Genre 2006. Je sais, c’est dur. 😉