Loire-Atlantique, samedi 23 juillet 2022.
Au soir d’une scintillante journée de juillet, tandis que sur les plages, les estivants s’amusent dans l’insouciance des beaux jours retrouvés et qu’à la télévision, les chaînes d’infos en continu rappellent aux badauds l’imminence de la fin du monde pour cause de guerre nucléo-climatique sino-russo-américaine, Aristide Lambda, blasé comme toujours, fait son entrée aux urgences de l’hôpital régional.
Plus tôt dans l’après-midi, ses cousins et lui-même, accablés de chaleur, prirent la décision de se rendre dans un parc aquatique. Du côté des Lambda, une cousinade est forcément synonyme de régression en enfance, et l’approche de la trentaine pour quelques-uns de ses membres les plus illustres n’arrange rien. Dans ces conditions, il fallait s’attendre à la survenance d’un mini-drame.
Tout bouscula pour Aristide lorsqu’il tenta de grimper au sommet de la Pyramide-Toboggan de 4 mètres de haut. Une pauvre flaque d’eau sur la plateforme flottante eut raison du piètre équilibre de notre protagoniste. Dans sa glissade, sa jambe droite prit l’initiative de se plier dans un angle non prévu à la conception. La douleur lancinante au genou ne se fit pas attendre.
La décision de partir aux urgences fut prise à l’apéro. Allongé sous un cerisier de Conquereuil-en-Vieille-France, Aristide fut forcé d’admettre qu’un genou triplant de volume nécessite une attention médicale. L’accueil au secrétariat des urgences fut mémorable.
“- Bonjour, je m’appelle Aristide Lambda, j’ai 28 ans. Aujourd’hui, j’ai glissé d’une Pyramide-Toboggan dans un parc aquatique et je me suis blessé au genou. Pourrait-on vérifier si j’ai une fracture ?
– D’accord. Êtes-vous en état d’ébriété, Monsieur ?
– Non, Madame.
– Vous êtes sûr, Monsieur ?
– Oui, Madame. Je n’ai pas eu le temps d’entamer l’apéro.”
La Honte. N’eut-il pas été immobilisé par son genou, Aristide se serait plié en quatre pour rentrer dans un colis direction Tombouctou. Aller simple.
A l’hôpital, Aristide fut rapidement conduit dans la salle d’attente pour une radio. Face à soi-même dans la pièce vide, il plongea rapidement dans ses méditations. Qu’ira-t-il raconter à son employeur lorsqu’il faudra communiquer son arrêt maladie ? Ce n’est pas avec une glissade d’une Pyramide-Toboggan qu’il risque de gagner en crédibilité pour une éventuelle promotion. Est-ce que sa trentaine sera caractérisée par un enchaînement de blessures de merde ? Comment allait-il rentrer dans la bagnole avec sa jambe droite complètement immobilisée ? Peut-être pourrait-il s’accrocher aux barres de toit pour atterrir sur la banquette arrière, un peu à la mode gangster.
La radio ne montra pas de fracture. Aristide continue d’espérer qu’il pourra un jour atteindre le sommet de la Pyramide-Toboggan de la Vie. C’est un peu la croix et la bannière en ce moment.
Lors de son prochain IRM du genou, le rayonnement électromagnétique l’aidera peut-être à voir l’avenir. Du moins il espère un signe de bon augure, si c’est pas trop demandé. Merde alors.
L’aventure continue.