Plymouth, Devon, Angleterre.
Assis au bar d’un hôtel, Gédéon Saunier contemple la lumière du jour s’évanouir à l’horizon. Le rétro-éclairage de l’écran le ramène à l’écriture de son rapport de conférence. Résigné, il se remet à taper sur son clavier. Il commence à se faire tard. Il lui faudra bientôt reprendre le train pour Paddington, mais Gédéon n’en a guère envie. Brian, son colocataire, est encore en colère contre lui. Plus tôt dans la semaine, Gédéon a omis de lui dire qu’il détartrait la bouilloire. Inutile de préciser que Brian n’a pas tellement apprécié sa tasse de Earl Grey coupée à l’acide citrique. Gédéon espérait se faire de bons amis à Londres grâce à la colocation. Tout compte fait, il aura juste eu le droit au remake de la guerre de 100 ans version Scènes de Ménages.
Oh Désillusion, quand tu nous tiens.
N’arrivant plus à penser clairement, Gédéon détache de nouveau son attention de l’écran. La pénombre naissante sur la Manche est bien plus captivante. Les côtes bretonnes sont à moins de 300 km à vol d’oiseau. Sans crier gare, une vague de nostalgie heureuse vient le submerger. La Bretagne, l’hôtesse des plus belles soirées de sa jeunesse. Il se revoit, ivre, rire à n’en plus finir avec Lavinia, Séphorine et Philomène avant de se rendre à la légendaire Guinguette de Glénac, là où la dignité humaine en a vu de toutes les couleurs (au sens propre). L’amitié à 18 ans s’intensifie lorsqu’on ramasse un pote tombé trop tôt dans un fossé à 5h du mat. Ca aura été vrai pour Lavinia et Gédéon. Tout autre axiome sur l’amitié est biaisé.
Gédéon soupire. Le passage à la vie active a été brutal au niveau relationnel, il aurait bien eu besoin d’un cours d’introduction au fonctionnement des relations amicales à l’âge adulte. A quelques exceptions près, les relations qu’il noue aujourd’hui semblent superficielles, constamment axées sur l’argent, l’apparence et le type de voiture que l’on possède. Avec son vélo Décathlon, Gédéon peut bien aller se brosser… C’est pas rien de vivre en 2021.
D’une traite, notre protagoniste termine son gin martini. Exit le spleen. Quoi qu’il en dise, il n’est jamais bien loin de la mère patrie. Il sait qu’il pourra toujours rentrer et profiter d’un peu de répit auprès de ceux qui continuent de le faire rire. Nul doute qu’il retrouvera quelques copains pour jouer aux chaises musicales en état d’ébriété lors de son prochain retour en Armorique… C’est vraiment pas sérieux, ces jeunes gens de nos jours. Où va donc le monde ?