Lorsque vous rentrez dans le monde du travail, il y a des choses auxquelles vous ne pouvez pas échapper sans un minimum de ruse. En voici un exemple ; au cours d’une banale pause déjeuner, le chef de service évoque un événement redoutable : le cross annuel de l’entreprise. C’est alors qu’il se retourne vers vous et ajoute « en général, les stagiaires participent aussi… ». Et là, c’est le drame. Que lui répondre enfin ? Vous ne pouvez pas lui avouer que vous finissiez systématiquement dernier ~par principe~ au cross du collège, au cours duquel vous avez perdu le semblant d’amour-propre que vous aviez, quelque part dans la boue bretonne entre 2005 et 2009. Bien évidemment, vous ne pouvez pas non plus lui dire que la simple vision de la salle de sport de Bellevue en banlieue de Guémené-Penfao vous inspire effroi et désir d’euthanasie. Non, non, vous ne pouvez pas, vous risqueriez de compromettre votre image (ou pas). Mais pas de panique, plusieurs options s’offrent à vous:
-inventer une condition pulmonaire rarissime qui risque de vous tuer en cas d’effort physique.
– décliner l’invitation en indiquant que votre religion vous interdit de participer à la moindre compétition sportive.
-ou encore, faites appel à votre culture littéraire de Première en évoquant le point de vue de Georges Orwell ~que vous partagez~ concernant le sport: “Pratiqué avec sérieux, le sport n’a rien à voir avec le fair-play. Il déborde de jalousie haineuse, de bestialité, du mépris de toute règle, de plaisir sadique et de violence ; en d’autres mots, c’est la guerre, les fusils en moins.”
Si, malgré ces bons conseils, vous ne réussissez pas à vous sortir de ce pétrin, enfilez vos baskets et priez pour ne pas paraître trop ridicule dans trois mois, lorsque vous courrez ces quelques kilomètres . Gardez espoir, mes enfants, tout va bien se passer.